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L'érosion des écosystèmes, de grosses conséquences pour les banques


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L'érosion des écosystèmes, de grosses conséquences pour les banques
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Intermédiaires financiers, les banques sont impactées par l’érosion des écosystèmes. La nature constitue un facteur sous-jacent de la performance économique des clients bancaires et, par conséquent, de la qualité des actifs détenus par la banque. Depuis de nombreuses années, la gestion des risques environnementaux a été sous-estimée, sur le bas-côté, non-intégrée au volet financier.
Durant l’été 2026, le directeur de l’UNEP-FI (Initiative financière du Programme des Nations unies pour l'environnement), Eric Usher, l’a rappelé “Le secteur bancaire entre dans une phase critique où les risques liés à la durabilité ne sont plus des considérations secondaires mais des facteurs clés de la performance financière et de la résilience”.
L’érosion actuelle, sans précédent, de la biodiversité demande aux banques de monter d’un cran en termes de gestion des risques : passer d'une approche fragmentaire de la gestion des risques à une intégration systématique des facteurs de risques environnementaux dans la gestion.

Comment les risques environnementaux de transition et physiques affectent les métiers de la banque
Les risques physiques et de transition ne forment pas une catégorie à part : ils agissent comme des facteurs aggravants des risques bancaires traditionnels.
En parallèle, des organismes bancaires ont déjà été sanctionnés pour non-intégration des risques climatiques dans leur gestion des risques. A titre d’exemple, en février 2026, la BCE a infligé une astreinte au Crédit Agricole pour évaluation insuffisante de la matérialité de ses risques climatiques.
Par ailleurs, le secteur bancaire subit une pression réputationnelle croissante de la part de l’opinion publique et des ONG environnementales. Par exemple, en 2023, BNP Paribas a fait l’objet de campagnes et d’actions menées par une coalition d'associations (Notre Affaire à Tous, Les Amis de la Terre, Greenpeace) ciblant ses financements d'entreprises liées à la déforestation tropicale au Brésil (filières du soja et de l’élevage bovin).
La biodiversité est le prolongement naturel de l’action climat déjà engagée par les banques. En effet, les enjeux biodiversité et climat sont profondément liés :
Certaines banques sont déjà matures sur les enjeux d’atténuation du changement climatique (réduction des émissions de gaz à effet de serre, outils d’analyse des risques climatiques, …). Sur l'adapation au changement climatique, de nombreuses solutions liées à la nature ont des effets bénéfiques sur la résilience des territoires et des chaînes de valeur.
Définir une démarche globale, transversale, sur les enjeux nature est clé. Les actions sur la nature (climat, biodiversité, eau, ressources) nécessitent une approche plus locale, multifactorielle (usage des sols, exploitation des ressources, pollutions, …), ouvrant la porte à des actions très concrètes et des opportunités business de résilience opérationnelle et financière.
Tout comme sur le climat, la très grande majorité des impacts et dépendances se situent en dehors des activités « directes » de la banque, au niveau des financements et des investissements. Certains secteurs sont directement exposés à la nature et bien connus, les « usual suspects » de l’impact et la dépendance à la nature : la foresterie, l’agriculture et l’agroalimentaire, la construction et le secteur du real estate.
Pourquoi ces secteurs spécifiquement ?
Ces secteurs dépendent fortement des services écosystémiques tout en exerçant des pressions importantes sur les écosystèmes, notamment parce qu’ils nécessitent de convertir des milieux naturels, premier facteur d’érosion de la biodiversité.

Néanmoins, il existe de nombreuses opportunités pour accompagner ces secteurs à fort enjeu dans la transition, et transformer d’autres secteurs qui en dépendent pour exercer leurs activités (industrie primaire, manufacturière, transport, data centers…).
Concrètement, pour un acteur financier, mieux intégrer les risques nature signifie d’abord mieux analyser l’impact et la dépendance à la nature des actifs financés, par typologie de financements / investissements, sous-secteurs et localisations.
Prenons l’exemple d’une exploitation d’élevage bovin. Cette activité repose sur une dépendance très forte aux services écosystémiques, notamment la régulation du climat, le cycle de l’eau (qualité et disponibilité) et la qualité des sols pour garantir la production naturelle de biomasse dans les prairies. En parallèle, elle génère des impacts directs importants (émissions de méthane issues de la fermentation entérique, forte consommation d’eau pour l’abreuvement, risques de pollution des sols ou des cours d’eau en cas de mauvaise gestion des effluents).
Lorsque ces services écosystémiques se dégradent, par exemple sous l’effet de sécheresses répétées ou de la prolifération d’espèces invasives qui détruisent les prairies, la productivité fourragère naturelle s’effondre. L’éleveur est alors contraint d’acheter du fourrage supplémentaire de substitution, engendrant des surcoûts d’exploitation et altérant sa rentabilité. À cela s’ajoute un risque de transition réglementaire, notamment en cas de non-conformité avec le règlement européen contre la déforestation importée (RDUE) si l’alimentation complémentaire du bétail intègre du soja importé.
Une analyse quantitative et qualitative des impacts et dépendances permet ensuite de qualifier les risques pour l’acteur financier.
Pour la banque qui accompagne cet éleveur, le cumul de ces pressions physiques et réglementaires se traduit par un risque de crédit accru lié au risque d’insolvabilité du client.
À l’inverse, l’identification de ces vulnérabilités en amont peut permettre à la banque de saisir des opportunités commerciales d’accompagnement (via des prêts à impact ou taux bonifiés) pour financer des investissements de transition : aménagement d’équipements économes en eau, plantation de haies, passages à l’agroforesterie, …).
Enfin, afin de bien intégrer les risques environnementaux, il peut être nécessaire de coter les risques financiers associés, de façon brute, et de façon nette (risque résiduel incompressible) ; afin de les comparer à tous les autres risques que doit gérer un acteur financier.

Comment la dégradation de la nature fragilise la capacité de remboursement des clients des banques
Le risque d'effondrement du vivant est réel et impréparable. La finance entre dans une phase critique pour accompagner la transition de ses clients, vers des modèles plus résilients. Chez Carbone 4, nous sommes convaincu·es que la finance privée peut continuer de se tenir aux côtés des acteurs économiques et faire sa part dans le financement de solutions durables, respectant les limites d'une planète finie. Il est nécessaire que la finance soit :
Plus concrètement, les banques ont plusieurs leviers pour accompagner les clients dans la transition.
Une banque peut faire évoluer son offre de financement pour intégrer et valoriser les actions de réduction sur la nature. Nous préconisons d’agir par pression, par exemple sur une pression importante par rapport au secteur étudié : pesticides, utilisation de l’eau, usages des sols…. Aujourd’hui certaines banques ont mis en place des prêts à des taux bonifiés sous couvert de respect de prérogatives climatiques (exemple : baisse de l’intensité carbone, réduction des émissions scopes 1 & 2, atteinte des objectifs Sciences Based Target Initiative, …). Désormais, les banques doivent dans la même logique ajouter un critère sur l’utilisation de l’eau par exemple, ou bien un pourcentage d’atteinte de matériaux recyclés ou locaux dans leurs achats. Cette intégration de critères biodiversité permet avant tout à l’entreprise d’être plus résiliente dans un monde où les ressources sont de plus en plus rares et couteuses.
Une banque peut faire développer des offres de financements pour la transition, spécifiques à certains secteurs, comme l'agriculture et la construction. Sur le climat, certaines banques ont déployé des offres pour financer la transition bas-carbone. Sur la nature, des offres commencent à se développer. Dans le secteur agricole par exemple, certaines banques incitent à l’adoption de pratiques vertueuses en adossant les financements (comme les prêts à impact à taux bonifiés) à des critères d’impact mesurables. Pour orienter efficacement les conseillers et leurs clients, la banque doit s’appuyer notamment sur des guides de bonnes pratiques agricoles et mobiliser un écosystème d’acteurs partenaires pour renforcer la résilience globale des exploitations.

Quelques exemples de bonnes pratiques agricoles ayant à la fois des impacts positifs sur la biodiversité et des co-bénéfices sur le climat.
Les banques peuvent réduire leurs risques en contribuant à la restauration et à la préservation de la nature sur son territoire. Cela passe par l'investissement dans des actifs nature (forêts, zones humides, …). Ce levier permet de développer de nouvelles activités économiques soutenables en s’appuyant sur un principe simple : préserver un écosystème en amont coûte souvent moins cher que restaurer ou remplacer des services écosystémiques dégradés. En adossant ces investissements à un dispositif rigoureux de sélection des projets vertueux pour la nature, les banques peuvent valoriser un capital naturel tout en créant des opportunités de financement durable. Certaines banques financent par exemple des initiatives ayant pour de développer des méthodes scientifiques pour mieux organiser l’action des acteurs privés pour la biodiversité.
La COP17 sur la biodiversité, qui s’ouvrira le 19 octobre prochain à Erevan (Arménie), permettra de dresser un premier bilan de l'application concrète du Cadre mondial de Kunming-Montréal adopté en 2022. Alors que les constats récents soulignent l'insuffisance des progrès accomplis, ce rendez-vous international offre une opportunité clé au secteur bancaire. Face aux menaces croissantes que fait peser le déclin de la nature sur la stabilité financière et la résilience de nos modèles économiques, les banques ont un rôle déterminant à jouer pour accélérer le financement de la transition. Il est d’ores et déjà possible d’agir, sans attendre de disposer de méthodes de mesure d’impact parfaitement abouties.
Notre équipe Finance travaille des deux côtés de la table pour donner un langage commun à ceux qui financent et ceux qui transforment l’économie.
Notre équipe Finance travaille des deux côtés de la table pour donner un langage commun à ceux qui financent et ceux qui transforment l’économie.