

Publication
Charte d'engagement NZI for IT


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Charte d'engagement NZI for IT
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Entreprises signataires : Backmarket, Bureau Veritas, Constellation, IJO, Isai, Octo Technology, Orange, OVHcloud, VusionGroup
La croissance du partage de données, des capacités de calcul et de stockage, ainsi que la production croissante d’équipements du secteur numérique accroît sa consommation d’énergie, de matière, et plus généralement l’impact environnemental du secteur numérique. Ce dernier représente aujourd’hui entre 2,1% et 3,9%[1] des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), environ 2,5% de l’empreinte carbone en France en 2020, et se distingue par sa tendance particulièrement haussière : +6% de consommation d’énergie par an pour le secteur numérique en France[2] ; cela se traduit par une empreinte carbone qui pourrait augmenter de 45% de 2020 à 2030 si la tendance reste inchangée[3]. Dans une analyse plus large du cycle de vie, les émissions de GES ne représentent qu’une part des impacts environnementaux du numérique : le secteur exerce une pression croissante sur les ressources minérales et fossiles, l’utilisation de l’eau ou encore les déchets[4]. L’appel croissant du secteur en électricité et en métaux critiques non recyclables pourrait entrer en compétition avec les besoins accrus de la transition bas carbone[5].
Dans le même temps, le secteur est parfois mis en avant en tant que pourvoyeur de solutions à la crise climatique, capables de réduire les émissions de gaz à effet de serre de ses usagers dans les autres secteurs. Le rôle du numérique et les actions à conduire vis-à-vis de l’objectif zéro émission nette planétaire reste donc à être précisément compris et explicité.
La présente Charte a pour vocation de prolonger le référentiel Net Zero Initiative (NZI) initié par Carbone 4 en l’adaptant aux spécificités du secteur du numérique. Ce projet, NZI for IT, est soutenu par une vingtaine d'organisations et d’expert·es du secteur : entreprises diverses du numérique, cabinets de conseil et fonds d’investissement spécialisés, opérateurs de réseau, institutionnels, académiques et ONG. Les entreprises signataires de cette Charte s’engagent à reconnaître la pertinence des constats qu’elle explicite, et à utiliser les méthodologies proposées de manière à adopter des stratégies climat à la hauteur des enjeux écologiques planétaires.
Les objets numériques revêtent une multiplicité de formes. Dans leurs grandes fonctions, deux catégories peuvent se distinguer, dont les enjeux de décarbonation ne sont pas les mêmes.
La révolution numérique est souvent présentée ou considérée comme l’alliée de l’écologie, du fait du potentiel décarbonant de certaines solutions appartenant à la catégorie B[7]. Néanmoins, l’observation des externalités négatives associées à l’ensemble du secteur (catégories A et B) indique que ses émissions et autres pollutions restent, au global, significatives et croissantes. En effet, les émissions que permettraient d’éviter certaines solutions de la catégorie B sont sur-compensées par la croissance de certains usages (notamment de la catégorie A) n’ayant aucune vertu environnementale.
Comme tout autre secteur, celui du numérique doit contribuer à la poursuite de l’objectif de net zéro planétaire : toute entreprise numérique, qu’elle produise des biens et services de catégorie A ou B, doit répondre de sa stratégie climat et suivre des règles d’actions fondées sur la science afin de limiter ses émissions de GES. Pour ce faire, la réflexion de l’entreprise peut procéder en deux temps.
La nécessité de ré-enchâsser les différents secteurs économiques dans les limites physiques de la planète implique, pour chaque entreprise, d’interroger en premier lieu la finalité de ses activités afin de s’assurer qu’elles soient compatibles avec un monde bas carbone.
Compte tenu de la pression que le secteur exerce sur les émissions de GES, les ressources minérales et en eau, ainsi que la demande d’électricité, toute entreprise numérique doit se poser avec acuité la question dela pertinence des usages de ses produits dans un monde en transition. Cette analyse de la nature de ses activités permettrait seule d’assurer que ces dernières répondent à l’impératif de sobriété, c'est-à-dire “une situation dans laquelle des ressources limitées sont mises au service de besoins raisonnés”[8]. Elle implique une réflexion amont portant sur la pérennité du modèle d’affaires dans un monde bas carbone.
Concernant les entreprises commercialisant des solutions de catégorie B permettant de participer à la réduction des émissions de leur écosystème, l’analyse peut aller un cran plus loin : elles peuvent évaluer la capacité de leurs solutions, existantes ou à venir, à participer à des usages qui se décarbonent.
Comme nous le verrons au chapitre 3, divers outils permettent d’évaluer la compatibilité de son modèle d’affaires avec un monde bas carbone (pour les catégories A et B), mais aussi, de mesurer les émissions évitées de ses produits et services (pour la catégorie B uniquement).
Une fois assuré l’alignement de ses produits avec un monde bas carbone, une entreprise numérique, qu’elle soit de catégorie A ou B, doit s’atteler à réduire au maximum les externalités de ses produits.
Laréduction de ses propres émissions (dites émissions induites, ou pilier A) doit être un sujet primordial de la stratégie climat des entreprises du secteur numérique, qui doivent suivre des trajectoires de réduction des émissions adéquates à leur secteur et fondées sur la science, afin de respecter les objectifs de l’Accord de Paris.
Comme évoqué plus haut, les solutions de catégorie A, dont la finalité même est un objet de consommation numérique en soi (incluant notamment le visionnage de vidéos), compte tenu de leur impact environnemental croissant et de leur incapacité à engendrer de quelconques émissions évitées, devraient concentrer leurs efforts sur la réduction en absolu de leurs émissions induites.
Parmi les freins à la poursuite de cet objectif et au reporting adéquat par les entreprises du secteur, notons que les chaînes de valeur du numérique, intriquées, complexes, et géographiquement éclatées, souffrent d’un manque de transparence de la part de certains des plus grands acteurs du secteur, attribuable à diverses raisons[9].
Enfin, comme tous les acteurs du monde économique, les entreprises du secteur numérique (catégories A et B) doivent participer à la réduction des émissions mondiales en contribuant à l’effort de développement des puits de carbones planétaires (pilier C du référentiel NZI).
Néanmoins, à l’exclusion des solutions ayant directement comme objectif une meilleure gestion agricole et/ou forestière, le numérique n’a pas de lien immédiat avec les chaînes de valeur du secteur des terres : ses acteurs ne peuvent participer à l’effort que par le financement de projets de séquestration carbone en dehors de leur chaîne de valeur.
Rappelons que ces contributions ne « compensent » en rien les émissionsde ces entreprises, et ne remplacent pas les actions indispensables de réduction du pilier A.
Afin de construire et rendre opérationnelle une stratégie climat à la hauteur des enjeux environnementaux, les entreprises du secteur numérique doivent disposer d’outils analytiques à même de répondre aux objectifs évoqués dans le chapitre précédent. Les recommandations suivantes ont pour vocation d’identifier les outils d’ores et déjà mobilisables à cet effet, leur permettant une contribution effective au net zéro planétaire.
1. Tous les acteurs numériques, catégorie A et B, doivent en premier lieu amorcer une réflexion sur la finalité de leurs activités pour s’assurer de leur capacité à opérer dans les limites physiques planétaires et le respect de l’Accord de Paris.
Ces outils ouvrent deux possibilités aux entreprises numériques :
2. Dans un second temps, les entreprises (catégories A et B) doivent s’intéresser à la mesure et la réduction des externalités négatives de leurs produits et services. A titre de rappel, selon la SBTi la majorité des entreprises - et l’économie dans son ensemble, tous secteurs confondus - doivent réduire d’au moins 90% leurs émissions à horizon 2050 par rapport à 2020 pour limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle[15].
Lorsqu’elles ne peuvent réduire les émissions dans leur chaîne de valeur, les entreprises (catégories A et B) peuvent financer des projets contribuant à la réduction des émissions et au développement des puits de carbone hors de leur chaîne de valeur (pilier C).
Pour toute entreprise du numérique, catégorie A et B, la communication se doit d’être univoque, sincère et fidèle à ses efforts effectifs concernant la réduction de ses impacts environnementaux et sa stratégie de transition bas carbone. Cela implique de respecter quatre principes listés ci-dessous.
1.
Charlotte Freitag et al, The real climate and transformative impact of ICT: A critique of estimates, trends, and regulations, 2021
2.
4.
ARCEP-ADEME, Evaluation environnementale des équipements et infrastructures numériques en France, 2022 ; Green IT, Le numérique en Europe : une approche des impacts environnementaux par l’analyse du cycle de vie, 2020 ; AFP, En Europe, une hostilité émergente contre les centres de données, 2022 ; Marion Cohen et Antoine Gonthier, Economie, ressources naturelles et pollutions, 2020
5.
CGDD, Les ressources minérales critiques énergies bas carbone, 2023 ; IRIS, Un retour des stocks stratégiques de métaux critiques dans la dynamique de transition bas carbone ?, 2023 ; Carbone 4, Guerre et transformation bas-carbone : d'une dépendance des énergies fossiles vers celle des métaux ?, 2022
6.
Alors que le trafic de données a été estimé par The Shift Project responsable de 55% de l’impact énergétique mondial du numérique, les flux vidéo en ligne représentent 80% de ce trafic en 2018 et 80 % de l’augmentation de leur volume annuel. Il est à noter que ces flux de vidéos par type d’usages se composent de plateformes streaming pour films ou séries (34%), de pornographie (27%), de Tubes à la demande (21%), et de vidéos échangées sur des réseaux sociaux via smartphone (21%) - voir The Shift Project, Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne, 2019
7.
Ainsi télétravail, plateformes collaboratives, e-commerce, usages soi-disant "dématéralisés" (livres, films, musiques), bâtiments et villes "intelligents", etc., permettraient de réduire nos consommations de ressources et pollutions consécutives. Voir Marion Cohen et Antoine Gonthier, Économie, ressources naturelles et pollutions, 2020
8.
Définition proposée par l’économiste Eloi Laurent notamment dans un entretien à France Inter en septembre 2022
9.
Il peut être ardu, d’un point de vue comptable, de donner des clés de conversion des consommations de produits et services numériques en quantités de GES émises. En effet, il est difficile d’identifier des unités de besoins (unités fonctionnelles en comptabilité carbone) pertinentes et proches de la réalité physique sous-jacente (par ex., à quelles grandeurs physiques rattacher le visionnage d’une vidéo en streaming pour bien rendre compte de la réponse au besoin ? Le besoin est-il un simple volume de données, un débit pendant une certaine durée ou autre chose ?) car les équipements numériques sont sujets à de nombreux effets de seuil qui découplent leur consommation d’énergie et de matière de la quantité de services rendus. En effet, à petite échelle, il y a non-linéarité entre la consommation électrique des équipements réseaux et les flux de données qui transitent par ces équipements. A grande échelle, il semble raisonnable d’imaginer que cet effet se résorbe, mais on fait alors face au problème des infrastructures de réseau : le dimensionnement de la capacité est liée au pic de charge et non à la charge moyenne. Le “poids du pic” ajoute ainsi des émissions difficiles à transcrire dans la facture carbone de l’usager de systèmes de VoD. Par ailleurs, la superposition de flux invisibles mobilisés pour rendre un service numérique occulte la réalité physique qui les soutend (voir Carbone 4, Les matières de l’immatériel : existe-t-il des risques d’approvisionnement en matières premières pour les entreprises du numérique ?, 2023). Enfin, les modèles d’affaires et la répartition de la valeur n’incitent pas à avoir une approche systémique (par ex. les service “par contournement” de diffusion de contenus accessibles grâce à une connexion internet ; en anglais over-the-top service ou OTT - voir Transitioning towards sustainable digital business models, ECDF Working Paper Series #005, Hugues Ferreboeuf, 2022)
10.
Corporate Sustainibility Reporting Directive
11.
Les analyses prospectives par scénarios visent à identifier les risques et opportunités de transition bas carbone
14.
Ces aspects sont détaillés dans la Méthodologie NZI for IT sur les émissions évitées du secteur numérique
16.
Comme rappelé dans les Les 10 Principes de la NZI, transmettre à ses clients un factice “zéro émissions” en guise de facture carbone traduit une absence de rigueur comptable et contribue à maintenir la confusion sur les impacts climatiques réels
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