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Le e-commerce est-il vraiment un élément clé de la décarbonation du transport de marchandises ?


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Le e-commerce est-il vraiment un élément clé de la décarbonation du transport de marchandises ?
Cet article a initialement été publié dans notre newsletter Décryptage Mobilité du 2 juin 2021. Pour recevoir par mail les prochains articles dès leur publication, abonnez-vous dès maintenant.

Avec une croissance pour l’année 2020 qui a atteint + 37% [1], le e-commerce* apparait comme le grand gagnant de la crise du covid-19, avec ses confinements successifs. Alors qu’il poursuit sa progression spectaculaire et son installation durable dans nos modes de consommation**, le débat fait rage sur son empreinte carbone comparée au mode d’achat physique traditionnel, différentes études conduisant à des conclusions opposées [1][2].
Le e-commerce : quel poids carbone ?
En analysant les émissions reportées par les entreprises du e-commerce qui publient un bilan carbone sans omettre de postes significatifs, il est important d’observer que la fabrication des biens achetés et l’usage des produits vendus représentent la quasi-totalité du bilan carbone de ces entreprises (entre 85-95%), contre 5-10% seulement pour les émissions liées au transport (fret amont, fret aval, déplacements des visiteurs) [3]. Ainsi avant de comparer la vertu relative des modes d’achat, n’oublions pas que c’est en premier lieu la consommation superflue qui est vectrice d’émissions de gaz à effet de serre. En plus des émissions induites, le développement d’entrepôts dédiés au e-commerce, construits sur des terres agricoles ou non artificialisées, participe également à réduire les puits de carbone. Si aujourd’hui l’artificialisation causée par le e-commerce représente moins de 1% de la surface moyenne annuelle artificialisée en France [1], c’est surtout la dynamique actuelle de construction et le manque de cadre réglementaire pour ces bâtiments logistiques qui sont contestés, les entrepôts de e-commerce n’étant pas concernés par la loi climat visant à limiter la construction de surfaces commerciales en zone naturelle.
E-commerce versus commerce en magasin : une victoire à nuancer ?
Malgré son apparence de dématérialisation via le numérique, le e-commerce est bien une activité fortement émettrice de carbone. Cependant, de nombreux acteurs et études le présentent comme une alternative moins émettrice de CO2 que le commerce classique [2]. Alors, e-commerce vs commerce en magasin : qui est le vainqueur dans ce match du moins carboné ? L’argument classique en faveur du e-commerce est d’affirmer que le déplacement du client au magasin en voiture est « remplacé » par une livraison optimisée à plusieurs client·e·s, ce qui génère moins de déplacements et donc moins d’émissions. Cette affirmation est à nuancer sur deux points clés :

Emissions de gaz à effet de serre et de NOx selon les délais de livraison par colis | en kgCO2 ou gm
Ainsi, plusieurs paramètres sont déterminants dans le bilan de gaz à effet de serre de la logistique du dernier kilomètre :le type de motorisation, le taux de remplissage des véhicules, le taux d’absentéisme dans le cas d’une livraison à domicile et le taux de retour des produits [1]. De la sorte, le e-commerce cache une diversité de pratiques plus ou moins carbonées de la part des transporteurs, et une diversité non moins riche de situations de référence, entre une personne se déplaçant en voiture pour effectuer un achat unique et celle groupant ses achats effectués en vélo. Et selon la comparaison choisie, le plus vertueux en matière climatique sera tantôt le e-commerce, tantôt les magasins physiques, comme l’illustre l’étude « Environmental Analysis of US Online Shopping » (2013) [7] :

Comparaison des émissions de gaz à effet de serre entre le commerce en magasin et le e-commerce (« traditional shopper » : commerce en magasin, « cybernaut » = e-commerce sans livraison rapide,« cybernaut impatient » = e-commerce avec livraison rapide) | en kgCO2e
Pas de victoire par K.O. donc pour le e-commerce. Mais est-ce que cette comparaison est vraiment le bon combat à mener ? Face à cette absence de réponse claire, et tandis que le e-commerce est désormais bien installé dans nos modes de consommation, l’enjeu n’est-il pas plutôt d’adapter nos usages afin de garantir un commerce le plus bas carbone possible, quel que soit le mode d’achat ?
Comment réduire l’impact carbone du e-commerce ?
--- Article rédigé par Juliette Sorret (Consultante) juliette.sorret@carbone4.com
* La vente à distance de produits et sa livraison en point relais ou à domicile ** La part du commerce en ligne atteint 13,4% du commerce de détail en 2020 *** Sémantique qui ne doit pas être interprétée au pied de la lettre : le segment terminal est en général plus long, puisqu’il relie le dernier entrepôt logistique, situé en général en banlieue ou dans les faubourgs des villes, au client final, potentiellement à bien plus qu’un kilomètre de l’entrepôt … ---
Sources : [1] France Stratégie [2] Olivier Wyman, Eco-comparateur Coliposte, FEVAD [3] Analyse à partir des rapports annuels des entreprises de e-commerce, des déclarations issues du Climate Disclosure Project (CDP) et de l’expertise Carbone [4] 6t [5] CEREMA [6] MIT Center for Transportation & Logistics [7] UCDAVIS Institute of Transportation Studies [8] Carbone 4
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